lundi 24 mars 2008

Des films mais rien de formidable

Cette semaine est triste. Beaucoup de sortie mais un seul film sort du lot : LE DERNIER REPAS (critiqué dans un précédant article). A part ça. ANGLES D’ATTAQUE nous saoule de la répétition d’une scène de 10 minutes vues sous cinq angles différents. Certes c’est intéressant mais à la troisième vision ça lasse. A côté de ça le fantasme de l’attaque du président des Etats Unis par une bande de terroristes ultra préparé. Bref une Amérique qui vit encore avec l’obsession du 11 septembre.

LE NOUVEAU PROTOCOLE nous plonge et nous noie dans le lobby pharmaceutique qui doit certainement exister quand on voit les tests pratiqués dans certains pays d’Afrique mais de là à faire basculer un forestier en justicier il y a un cayon qu’il n’aurait pas fallu franchir.

Le dernier Wes Anderson, A BORD DU DARJEELING LIMITED laisse le même sentiment que ses précédentes réalisations. On aime le ton décalé, les situations drôles ou absurdes mais à la fin rien n’en ressort. Aucune émotion alors que le sujet aurait pu en procurer et le film sera aussi vite oublié qu’il a été visionné.

Il y a longtemps que…

La déception de la semaine. L’attente fut trépidante mais quelle désillusion face au résultat du film de Philippe Claudel IL Y A LONGTEMPS QUE JE T’AIME. Alors que le film étant vendu comme un film lacrymal, il n’y a aucune émotion. La soi disant chute est attendu depuis le premier quart du film. Les dialogues sont trop étudiés. Même Kristin Scott Thomas est antipathique. Bref un film, même s’il n’est pas complètement raté laisse un gout d’inachevé. Seul la musique de Jean Louis Aubert lui donne une note positive.

O.F.N.I.

Voilà venu de Corée un Objet Filmique Non Identifié. LE DERNIER REPAS de Roh Gyong-Tae est un film qui ne ressemble à aucun autre. Digne successeur de Hou Hsiao Hsien ou Tsai Ming Liang dans le style : long plan séquence, travaille sur le cadre, dialogue minimal..., il semble pourtant bien différent tant il nous propose une vision de la Corée et donc du monde que l’on n’a pas l’habitude de montrer au cinéma. Il est question de l’aisé pour compte de la société, qui essaye tant bien que mal de survivre dans ce monde ultra commercial et qui devant l’échec de leur entreprise décide de sauter le pas : ici une immigration sur Mars qui peut être vue comme un suicide collectif. Sous nos yeux une grand-mère qui tente de vivre de vente dans des lieux où personne ne passe jamais et qui trouve parfois le réconfort auprès d’un jeune homme qui se prostitue, aussi bien avec des hommes qu’avec des femmes, pour survivre à son travail de danseur de cabaret. Un prisonnier qui refuse de sortir pour ne pas se retrouver dans la jungle urbaine de Séoul et bien d’autres personnages tout aussi passionnant.

Certes ce film s’adresse à des initiés qui acceptent l’invitation qu’offre ici ce jeune réalisateur. Chaque plan est d’une beauté rare et chaque scène laisse le spectateur les interpréter à sa guise. La découverte de ce début d’année.

dimanche 16 mars 2008

Critiques à la pelle


LES FEMMES DE L'OMBRE

Bon film relatant la résistance durant la seconde guerre mondiale. Le courage de ces femmes au passé fragile face à la violence des interrogatoires nazis. Bon casting avec à leur tête un Sophie Marceau magnifique.


MR 73

Olivier Marchal confirme après 36 QUAI DES ORFEVRES qu’il faudra compter sur lui dans les années à venir pour réaliser de brillant thriller. Mais ici il est plus question de la détresse d’un flic aux bords du gouffre. Daniel Auteuil campe ce flic alcoolique et vivant avec les douleurs de son passé. La photographie, très cinématographique est magnifique, le montage, allant du présent au passé est habile, le scénario est excellent et chose rare évite la happy end même s’il y a quand même un espoir. Bref un polar efficace.


MODERN LOVE

La surprise de la semaine. Peut être étais-je d’humeur joyeuse mais j’ai aimé cette fraiche comédie romantique mêlant deux histoires en une. Bons dialogues, bons comédiens, des scènes très drôles. On rigole ou on est touché.


JULIA

Erick Zonca revient après c avec un film dur. A l’instar de MR 73 c’est ici une femme (Tilda Swinton remarquable) qui part à la dérive après la perte de son emploi. Aucun espoir juste l’impression que l’alcool peut ruiner une vie. Tout, dans la vie de cette femme, s’enchaine pour le pire, sous le regard d’un enfant victime de son désespoir.


RENDEZ-VOUS A BRICK LANE

Entre romance et film politique. Ce film montre la dure réalité des Bengalis venus s’installer en Angleterre. Entre un père trop fier, une mère soumise, marié de force qui pense trouver l’amour ailleurs, des filles bien intégrés et l’après 11 septembre, RENDEZ-VOUS A BRICK LANE dépeint la vie douloureuse des immigrés.

dimanche 9 mars 2008

Pleurs

C’est en discutant avec un ami et après un visionnage frénétique de films et drama coréens que je me suis rendu compte d’une chose qui m’attire particulièrement dans ce cinéma ou en tout cas qui me fait l’aimer encore plus. En dehors de l’aspect cinématographique : scénario original, acteurs parfaits, mise en scène soignée, no happy end…, j’aime voir les hommes pleurer.

En effet dans le cinéma coréen les hommes versent des larmes pour leurs sentiments qu’ils soient amoureux (rupture ou retrouvailles), physiques (maladie d’un proche ou blessure personnelle) ou émotionnels. Je ne connais pas un autre cinéma qui offre ainsi aux hommes la possibilité de pleurer.

Qu’en est-il de la vie réelle ? Les hommes coréens sont-ils plus fragile que les autres ? Pleurent-ils autant que dans leurs films ?

Nos sociétés occidentales modernes montrent l’image de l’homme sans émotion sur lequel la femme « faibles » peut se reposer. Je rejette totalement cette vision de notre société et revendique le droit d’être faible et de pleurer mes émotions. Pouvoir pleurer pour un film ou dans la vie permet-il d’expulser cette émoi et d’en sortir ? Peut être pas mais ça donne au moins l’impression d’être vivant, d’être au cœur d’un monde impitoyable mais d’être là, présent avec ses émotions.

Orfanato

Loin des films d’horreur traditionnels, L’ORPHELINAT fait partie des ses films, à l’instar de celui de Alejandro Amenabar, LES AUTRES, qui nous tiennent en haleine grâce à leur mise en scène. Ici, comme dans celui de l’espagnol, l’action se situe dans une grande demeure isolée, avec des enfants et l’omniprésence des morts. Dans le film de Juan Antonio Bayona il est question d’un enfant mystérieusement disparu. Le final est intéressant et laisse penser qu’il y a une vie après la mort. Le suspense est bien dosé, le scénario solide, envisage toute sorte de piste pour expliquer la disparition de l’enfant, pour finalement ne retenir comme une évidence que la plus simple et réaliste. Un réalisateur à suivre incontestablement.

Souffrances

Avec THE DEAD GIRL, Karen Moncrieff nous propose de suivre les fractures de quatre personnages suite à la découverte du corps d’une jeune fille victime d’un serial killer. Tout d’abord on suit celle qui a découvert le corps, qui vit sous la domination de sa mère mais qui va s’émanciper dans la douleur grâce à cette découverte. Dans le rôle Toni Collette est une nouvelle fois formidable. Ensuite vient la sœur d’une disparue qui pense pouvoir faire le deuil de sa sœur en pensant que celle retrouvée est cette dernière. Puis arrive l’épouse du serial killer qui découvre les méfaits de son indigne époux et enfin la mère de la victime qui découvre des secrets inavoués. Au final on voit la jeune fille elle-même cherchant à vivre une vie meilleure avant que la mort ne la fauche.

Des histoires douloureuses de laisser pour compte de l’Amérique moderne, enjolivés par une très belle mise en scène. Un très bon film qui montre que chacun possède ses propres souffrances.

Mad To

Johnnie To, accompagné ici de Wai Ka-Fai qui cosigne aussi le scenario, explore la folie d’un ex-flic qui possède le le don de voir les démons intérieurs des personnes. La mise en scène est plus enlevée que d’autres films de Johnnie To mais quelques scènes n’ont rien à envier aux plus grands chefs d’œuvres du maître (THE MISSION, PTU, ELECTION, EXILE…). A retenir dans MAD DETECTIVE la filature avec les sept personnalités du suspect et le « duel » à quatre final sont des scènes qui resteront dans les mémoires. Le scénario est brillant et distille des rebondissements bien dosés. Un excellent To.

Assayas hors d’Asie

Sans prétention, le dernier film d’Olivier Assayas sera certainement à classer dans la catégorie des bons films du plus asiatophile des réalisateurs français.

L’HEURE D’ETE nous plonge dans l’univers de trois frères et sœurs éparpillés aux quatre coins du monde, à l’heure de la succession des biens familiaux suite au décès de leur mère. Une maison, des œuvres d’Art, une tradition à perpétuer vont celer le sort de cet héritage. Trois enfants, trois continents, trois approches différentes de cette succession.

La prouesse de Assayas est de faire de cette histoire simple un plaisir grâce à une mise en scène aérienne laissant le champ libre aux acteurs qui se régalent dans des plans séquences virtuoses. Leur plaisir se joint au notre face à cette situation que nous pourrions tous connaître un jour.

Duel

Paul Thomas Anderson nous revient cinq ans après PUNCH DRUNK LOVE avec un western dun nouveau genre. Car ça ne fait aucun doute THERE WILL BE BLOOD est bien un western avec en fil rouge un duel entre un pétrolier, magnifiquement interprété par Daniel Day-Lewis, à l’heure des balbutiements de l’or noir, et un pasteur possédé, sublimé par le jeune Paul Dano.

Le récit, âpre, décrit le parcours de cet homme avide de pouvoir qui ne déteste rien de plus que l’espèce humaine, et qui va trouver un adversaire à sa taille en la personne d’un pasteur illuminé. Si ce film n’atteint pas la majestueuse mise en scène de MAGNOLIA, il n’en reste pas moins une œuvre exceptionnelle et prouve, s’il en était besoin, que P.T. Anderson fait parti de ces réalisateurs capables de magnifier un film ou une scène grâce à leur œil.

Un mot pour conclure sur l’oscarisé Daniel Day-Lewis. Il est méconnaissable. Son physique, sa démarche, ses mimiques ne semblent pas lui appartenir. Il disparait totalement derrière ce personnage peu attachant. Un grand rôle pour un grand acteur.

dimanche 2 mars 2008

All around the world

Le cinéma nous fait parfois découvrir des perles venues d’ailleurs, de pays peu distribués en France. Je suis donc tombé sous le charme d’un film Philippin JOHN JOHN qui raconte l’histoire, entre documentaire et fiction, d’une mère de famille qui pour gagner un peu d’argent élève, le temps de lui trouver une famille d’accueil, un petit enfant métis nommé John John. L’action s’étale sur 24h et se passe dans les bidonvilles de Manille. Le réalisateur, Brillante Mendoza, arrive à nous émouvoir avec des scènes simples mais terriblement efficaces. On est touché par cette femme qui donne trois ans de sa vie à cet enfant pour finalement le voir partir quand elle y est le plus attaché. Le film montre aussi la pauvreté de Manille face à la richesse des hôtels dans lesquels logent les familles d’accueils. Aucunes leçons nous est données ici, juste un instant de vie beau et fort.